Louer meublé ou vide : gains et contreparties

Louer meublé ou vide ne change pas seulement le mobilier du salon. Le bail meublé dure un an contre trois ans en location vide, le préavis du locataire tombe à un mois, le dépôt de garantie monte jusqu’à deux mois de loyer. En échange, vous fournissez, inventoriez et remplacez l’équipement.
Louer meublé ou vide : la frontière passe par une liste
Un logement meublé n’est pas un logement vide dans lequel le propriétaire aurait laissé quelques meubles. C’est une catégorie juridique, décidée par ce qui se trouve dans les pièces le jour de la remise des clés. Le décret n° 2015-981 du 31 juillet 2015 fixe la liste des éléments de mobilier, et cette liste des équipements d’un logement meublé commande ensuite tout le contrat.
Le logement doit comporter, selon service-public.gouv.fr :
- une literie avec couette ou couverture ;
- un dispositif d’occultation des fenêtres dans les chambres ;
- des plaques de cuisson, puis un four ou un micro-ondes ;
- un réfrigérateur et un congélateur, ou un compartiment de congélation à température maximale de moins six degrés ;
- de la vaisselle en nombre suffisant et des ustensiles de cuisine ;
- une table et des sièges ;
- des étagères de rangement et des luminaires ;
- du matériel d’entretien ménager adapté au revêtement du logement.
Un équipement incomplet ramène le bail en location vide
Cette liste n’a rien d’indicatif. Quand le mobilier fourni ne permet pas au locataire de vivre normalement dans les lieux, le juge peut requalifier le bail meublé en bail de location vide, indique service-public.gouv.fr. Le risque est sérieux : la durée du contrat, les délais de préavis et le plafond du dépôt de garantie basculent dans l’autre régime, en pleine location, sans que vous l’ayez choisi.
Autre point : la location meublée vise un logement qui sert de résidence principale au locataire. Un bien loué à la nuitée ou à la semaine relève des règles des meublés de tourisme, avec des obligations déclaratives propres à chaque commune, parfois une autorisation de changement d’usage.
Ce que vous devez fournir, inventorier, puis remplacer
La contrepartie du meublé tient en une liste et en un délai avant la première quittance. Deux voies existent : composer l’ensemble référence par référence, en arbitrant chaque achat et en calant les livraisons sur la date d’entrée, ou partir d’un assortiment déjà construit pour la location, comme les packs de mobilier clés en main de Makasa, composés par typologie de logement et installés sur place. Pour un bailleur qui gère à distance, ou qui enchaîne les mises en location, cette seconde voie déplace la vérification de conformité au décret et le temps de coordination vers le fournisseur. Le logement passe de nu à habitable en une intervention, ce qui conditionne la date de publication de l’annonce.
Composer soi-même reste une option réelle, que beaucoup de bailleurs pratiquent avec plaisir. Elle demande du temps de repérage et une relecture attentive du décret, poste par poste. Le coût caché n’est pas le mobilier : ce sont les semaines pendant lesquelles le bien reste vide.
L’inventaire du mobilier, l’annexe qui vous protège
Un inventaire et un état détaillé du mobilier se dressent lors de la remise des clés, se signent par les deux parties et s’annexent au bail, selon service-public.gouv.fr. Ce document joue, pour les meubles d’une location meublée, le rôle que l’état des lieux joue pour les murs et les revêtements.
Sans lui, aucune retenue sur le dépôt de garantie ne résiste à un locataire qui conteste l’état du canapé à son arrivée. Décrivez chaque pièce, son état, ses défauts visibles, et photographiez. Notre méthode pour conduire un état des lieux locatif sans litige s’applique mot pour mot à cette annexe.
Le mobilier s’use, et ce poste revient
Un lave-linge rend l’âme, un matelas s’affaisse, une chaise casse. Ces objets appartiennent au locataire et sortent avec lui en location vide. En meublé, ils sont à vous, et leur remplacement vous revient dès que l’usure dépasse ce qu’un occupant soigneux aurait provoqué.
Ce poste ne se budgète pas une fois pour toutes. Il se répète au rythme des départs, plus vite sur les petites surfaces à forte rotation, plus lentement sur un trois pièces loué à une famille. L’électroménager concentre l’essentiel du risque, parce qu’une panne bloque l’usage du logement et se répare dans l’urgence, au tarif de l’urgence.

Durée du bail et préavis : la souplesse change de camp
Le contrat de location vide est conclu pour trois ans au moins lorsque le bailleur est une personne physique, six ans lorsqu’il s’agit d’une personne morale, selon l’article 10 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989. Le bail d’un meublé se conclut pour un an, ramené à neuf mois quand le locataire est étudiant.
Le préavis suit la même pente. Un locataire de logement vide donne congé trois mois à l’avance, délai réduit à un mois en zone tendue et dans une série de situations précises, perte d’emploi ou mutation professionnelle notamment, indique service-public.gouv.fr. Le préavis du locataire d’un logement meublé est d’un mois en toutes circonstances, sans motif à justifier.
Côté bailleur, l’écart devient décisif. Reprendre ou vendre un logement vide suppose un congé donné six mois avant l’échéance du bail. Trois mois suffisent en meublé. Pour un propriétaire qui envisage de récupérer son bien à moyen terme, de le vendre libre ou d’y installer un proche, cette différence pèse plus lourd que le montant du loyer.
| Règle du bail | Location vide | Location meublée |
|---|---|---|
| Durée minimale | 3 ans, 6 ans pour une personne morale | 1 an, 9 mois pour un étudiant |
| Préavis du locataire | 3 mois, 1 mois dans les cas réduits | 1 mois, sans motif à donner |
| Préavis du bailleur | 6 mois | 3 mois |
| Dépôt de garantie | 1 mois de loyer hors charges | 2 mois hors charges |
| Révision du loyer en cours de bail | annuelle, si une clause la prévoit | interdite |
Sources : service-public.gouv.fr et loi n° 89-462 du 6 juillet 1989.
Le bail mobilité, une troisième porte
Entre les deux formules, le bail mobilité s’adresse aux locataires en formation professionnelle, en études supérieures, en apprentissage, en stage, en engagement volontaire, en mutation ou en mission temporaire. Sa durée va de un à dix mois, il ne se renouvelle pas, et aucun dépôt de garantie ne peut être exigé, selon service-public.gouv.fr.
Il suppose un logement meublé, donc le même effort d’équipement et le même inventaire, sans la sécurité d’une année de loyer devant vous.
Rotation : ce que la souplesse coûte en jours de vacance
Un préavis d’un mois se retourne contre vous aussi vite qu’il vous sert. Le locataire en bail meublé part plus tôt, plus souvent, parfois au mauvais moment de l’année. Chaque départ ouvre la même séquence :
- l’état des lieux de sortie, puis l’inventaire du mobilier comparé ;
- la remise en état, avec remplacement des pièces manquantes ;
- l’annonce republiée, puis les visites ;
- le dossier du candidat, puis la signature.
Cette séquence se compte en jours de loyer manquants davantage qu’en euros de travaux. Un studio étudiant libéré en juin se reloue dans la foulée de la rentrée. Le même studio libéré en janvier attend.
La remise en état entre deux locataires
Le ménage complet, le traitement de la literie, la vérification de chaque poste de l’inventaire et le remplacement des pièces manquantes forment un passage obligé. Un bailleur qui loue vide récupère un logement nu, repeint une pièce au besoin et relance l’annonce. Un bailleur qui loue meublé récupère un logement habité jusque dans les tiroirs.
Gardez un jeu de pièces de rechange pour les postes qui cassent le plus : couettes, housses, vaisselle, petit électroménager. Remplacer dans la semaine vaut toujours mieux que différer une relocation.

Les locataires ne sont pas les mêmes
Le meublé attire ceux dont l’horizon est court : étudiants, jeunes actifs en première embauche, salariés en mission, personnes en transition après une séparation. Ces profils cherchent un logement immédiatement habitable, acceptent un bail court et le préfèrent souvent.
La location nue parle à ceux qui s’installent : couples, familles, actifs ancrés dans la ville. Ils arrivent avec leurs meubles, restent plusieurs années et entretiennent le logement comme le leur.
Cette différence de public se lit dans la typologie. Un studio ou un deux pièces en centre-ville, près d’un campus ou d’un pôle d’emploi, trouve son marché en location meublée. Un quatre pièces en périphérie se loue presque toujours nu. Avant d’arbitrer, regardez les annonces de votre rue : la demande locale tranche plus sûrement qu’un raisonnement général, et notre lecture des quartiers parisiens où investir en 2026 montre à quel point ces équilibres varient d’un secteur à l’autre.
Loyer, charges et catégorie de revenus
Un logement équipé se loue plus cher qu’un bien nu comparable, contrepartie du mobilier mis à disposition. L’ampleur de l’écart dépend du marché local, du niveau d’équipement et de la tension sur la typologie. Mesurez-la sur des annonces voisines plutôt que sur une moyenne nationale.
Le loyer se pilote aussi différemment dans le temps. En location vide, une clause du bail peut prévoir une révision annuelle indexée. Cette révision en cours de bail est interdite pour un bail meublé, selon service-public.gouv.fr : la reconduction annuelle devient le moment où le loyer se discute, dans les limites applicables à la commune.
Dernier effet, souvent découvert trop tard : les loyers d’un meublé ne sont pas des revenus fonciers. Ils relèvent des bénéfices industriels et commerciaux, avec une déclaration de début d’activité et un numéro SIRET à obtenir, selon service-public.gouv.fr. L’arbitrage entre micro-BIC et régime réel en LMNP se traite à part, car il dépend de vos charges réelles et non de la forme du bail. La location nue, elle, ouvre d’autres mécanismes que recense notre panorama des dispositifs de défiscalisation immobilière.

Trancher : votre disponibilité pèse autant que le bail
Trois questions suffisent à cadrer la décision :
- votre bien se situe-t-il là où la demande de meublé existe réellement, campus, hôpital, bassin d’emploi ?
- pouvez-vous intervenir, ou faire intervenir quelqu’un, dans la semaine qui suit une panne ?
- acceptez-vous une rotation plus rapide en échange d’une reprise du logement en trois mois ?
Trois oui désignent le meublé sans grande hésitation. Un non sur la réactivité désigne la location nue, ou une gestion déléguée, parce qu’un meublé mal suivi perd en loyer ce qu’il avait gagné en souplesse.
Prochaine étape : relevez les équipements déjà présents dans le logement, confrontez-les à la liste du décret, et évaluez le manque avant de signer le moindre engagement. Cet inventaire de départ décide du régime plus sûrement que les projections de rentabilité. Si l’acquisition n’est pas encore bouclée, intégrez ce poste au plan de financement, car nos repères sur le crédit immobilier en 2026 rappellent qu’un équipement se finance mal après coup.